lundi 6 juillet 2026
Économie Guinée

Finances publiques : la Guinée a renoncé à 4 049 milliards GNF de recettes en 2024

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Admin Katrouma

08 Jun 2026 à 19:58

Finances publiques : la Guinée a renoncé à 4 049 milliards GNF de recettes en 2024
Le gouvernement guinéen a levé le voile sur l’ampleur des dépenses fiscales consenties en 2024. Selon un rapport présenté à Conakry par le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, les exonérations et régimes dérogatoires accordés à différents secteurs de l’économie ont coûté à l’État plus de 4 000 milliards de francs guinéens, soit près de 14 % des recettes fiscales potentielles.
Dans un contexte marqué par les ambitions du programme Simandou 2040 et la nécessité de financer des projets structurants, les autorités appellent à une rationalisation des avantages fiscaux afin de renforcer la mobilisation des ressources intérieures sans compromettre l’attractivité économique du pays.
La question des exonérations fiscales revient au centre du débat économique en Guinée. Ce lundi 8 juin 2026, le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, à travers son Bureau de stratégie et de développement (BSD), a présenté les conclusions du rapport d’évaluation des dépenses fiscales pour l’exercice 2024, un document stratégique destiné à éclairer les choix budgétaires de l’État. Cette initiative s’inscrit dans les exigences de transparence et de bonne gouvernance consacrées par la législation financière guinéenne.
Elle vise notamment à mesurer l’impact réel des exonérations fiscales accordées aux entreprises, aux investisseurs et à certains secteurs d’activités afin d’évaluer leur contribution effective au développement économique national. Les chiffres dévoilés à cette occasion témoignent de l’importance des ressources auxquelles l’État renonce chaque année dans le cadre de sa politique d’incitation économique. Pour l’exercice 2024, le coût total des dépenses fiscales est estimé à 4 049 milliards de francs guinéens, représentant 1,3 % du produit intérieur brut (PIB) nominal et 13,82 % des recettes fiscales de l’année.
Comparativement à 2023, ce montant enregistre une hausse de 16,5 %, illustrant une progression continue des avantages fiscaux accordés par l’administration. Concrètement, cela signifie qu’environ un franc sur sept de recettes fiscales potentielles n’a pas été perçu par l’État en raison des différents dispositifs d’exonération mis en place.
Pour les autorités, ces dépenses fiscales ne doivent toutefois pas être perçues uniquement comme un manque à gagner. Elles constituent également un instrument de politique économique destiné à soutenir des secteurs jugés stratégiques, à encourager l’investissement privé, à stimuler la création d’emplois et à préserver le pouvoir d’achat des populations.
Lors de la présentation du rapport, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, a souligné que la mobilisation des ressources intérieures demeure aujourd’hui l’un des principaux défis de la politique économique nationale. Selon elle, les ambitions de développement portées par le programme Simandou 2040 nécessitent des ressources financières considérables.
Dans ce contexte, l’amélioration de la performance fiscale apparaît comme un levier incontournable pour permettre à la Guinée de financer durablement ses infrastructures, ses programmes sociaux et ses projets de transformation économique. La ministre a rappelé que les réformes engagées par le gouvernement visent simultanément à moderniser les administrations fiscales et douanières, à élargir l’assiette fiscale et à améliorer les mécanismes de recouvrement.
Mais elle estime également indispensable d’évaluer avec rigueur l’efficacité des exonérations accordées afin de s’assurer qu’elles produisent les résultats attendus. Cette réflexion intervient dans un contexte où plusieurs pays africains cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis des financements extérieurs en renforçant leur capacité à mobiliser des ressources domestiques.
Pour la Guinée, l’enjeu est de trouver un équilibre entre l’attractivité du climat des affaires et la nécessité de préserver les recettes publiques. Le rapport met ainsi en évidence la nécessité d’une meilleure gouvernance des dépenses fiscales. Parmi les recommandations formulées figurent l’harmonisation des systèmes d’information entre les administrations fiscales et douanières, le renforcement du contrôle des conventions particulières accordées aux investisseurs ainsi qu’une meilleure évaluation de l’impact économique et social des exonérations.
Les experts préconisent également de conditionner le maintien de certains avantages fiscaux à l’atteinte d’objectifs précis et mesurables en matière d’investissement, de création d’emplois ou de contribution au développement local. À travers cet exercice de transparence budgétaire, les autorités guinéennes affichent leur volonté de mieux maîtriser les dépenses fiscales tout en orientant les incitations vers les secteurs les plus porteurs pour l’économie nationale. Une démarche qui pourrait contribuer à renforcer l’efficacité de la politique fiscale et à consolider les ressources nécessaires à la réalisation des ambitions de développement du pays.
M'mah Sylla
Publié le 08 Jun 2026 à 19:58