Société
Guinée
Affaire Ibrahima Sory Camara : un témoignage accablant sur les menaces, les représailles et l’exil
A
Admin Katrouma
09 Jan 2024 à 19:21
En janvier 2022, une intervention radiophonique d’Ibrahima Sory Camara, jeune enseignant et militant guinéen, en faveur des droits humains et de la dépénalisation de l’homosexualité aurait bouleversé son existence. Menaces de mort, rejet familial, domicile saccagé, fuite du pays et représailles présumées contre ses proches : dans un témoignage particulièrement grave, Augustin Tolno, enseignant et ancien compagnon de lutte politique, revient sur les événements qui auraient contraint Ibrahima Sory Camara à quitter la Guinée pour le Canada. Il évoque également le sort de personnes qui l’auraient aidé, dont Mamadou Malifa Baldé, mort en détention selon son récit.
Dans cet entretien accordé à L’INDEXEUR, il livre sa version des faits et alerte sur les risques auxquels seraient exposées les personnes qui défendent les droits de la communauté LGBTQ+ en Guinée. Des accusations graves qui nécessitent, pour être pleinement établies, des vérifications indépendantes et des réponses des personnes et institutions mises en cause.
L’INDEXEUR : Bonjour, Monsieur Tolno. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Augustin Tolno : Bonjour à vous et à tous les lecteurs de L’INDEXEUR. C’est un honneur pour moi de m’exprimer dans vos colonnes afin d’apporter mon témoignage sur cette affaire. Je m’appelle Augustin Tolno, je suis enseignant de profession et je réside actuellement au quartier Lambanyi, dans la commune de Ratoma, à Conakry.
Avant d’aborder les événements, pouvez-vous préciser la nature de vos relations avec Ibrahima Sory Camara ?
Nous évoluions dans le même milieu professionnel à Conakry. Ibrahima Sory Camara était également enseignant au Groupe scolaire La Haute Marée III, après sa formation à l’ISSEG. Nous habitions pratiquement dans la même zone et partagions aussi un engagement politique au sein de l’UFDG. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai rejoint ce parti.
Cette proximité m’a permis de connaître son parcours, d’observer son engagement et d’entendre les rumeurs qui circulaient à son sujet, aussi bien dans le quartier que dans le milieu enseignant. J’ai également suivi, avec beaucoup d’inquiétude, la tournure prise par les événements après ses déclarations publiques.
Que savez-vous de son environnement familial et de l’éducation qu’il a reçue ?
Ibrahima Sory Camara est issu d’une famille profondément religieuse. Son père, l’imam Satenin, était, selon ce que je connais de son environnement, une personnalité religieuse influente et un maître coranique réputé pour sa grande rigueur. Dans cette famille, l’éducation religieuse occupait une place centrale.
Ibrahima a suivi une scolarité moderne, mais il devait également exceller dans l’apprentissage coranique. Malgré ce cadre familial strict, il s’est engagé en politique au sein de l’UFDG et dans le domaine social, notamment à travers l’ONG Santé Hygiène Carcérale (SHC). C’est dans le cadre de ses activités associatives qu’il aurait commencé à côtoyer des personnes marginalisées, dont des membres de la communauté LGBTQ+.
Quel genre de militant était-il sur le terrain ? Avait-il des responsabilités au sein de son parti ?
C’était un militant très actif, dévoué et disponible. Chaque samedi, au siège national de l’UFDG, à Hafia Minière, il participait aux préparatifs des activités du parti. Il transportait les chaises, installait les bâches et les tentes, et contribuait à la distribution de l’eau. Il prenait également part aux opérations d’affichage, à la pose de stickers et à la distribution de képis et de casquettes le long des axes routiers. Pendant la campagne présidentielle de 2015, il s’est beaucoup investi dans la sensibilisation à Conakry et dans plusieurs localités de l’intérieur du pays.
Cet engagement lui a permis d’être élu secrétaire administratif du bureau exécutif des jeunes du comité de base du secteur 2 de Koloma 2, dans la commune de Ratoma.
Avant sa sortie médiatique de janvier 2022, faisait-il déjà l’objet de stigmatisation ou de rumeurs ?
Oui. Des rumeurs circulaient déjà à son sujet, aussi bien dans notre établissement que dans le quartier. Certaines personnes se moquaient de lui et tenaient des propos humiliants. Je me souviens notamment d’un épisode impliquant un ancien professeur, Monsieur Dem, qui l’aurait embarrassé publiquement par des propos méprisants.
Il y a également eu son projet de mariage avec une jeune femme prénommée Kadiatou. Selon les informations dont j’avais connaissance, la famille de cette dernière aurait finalement annulé le projet en raison de rumeurs le présentant comme homosexuel et de propos le qualifiant de « mécréant ».
Ces épisodes permettent de comprendre le climat de suspicion et de rejet auquel il aurait été confronté avant même que l’affaire ne prenne une dimension nationale.
Revenons au 4 janvier 2022. Que s’est-il passé lors de son intervention sur les ondes de la radio Gangan ?
Ibrahima Sory Camara avait été invité pour intervenir sur des questions politiques. À la fin de l’émission, lorsqu’il lui a été demandé de livrer un « message de cœur », il a choisi de s’exprimer en faveur des droits humains. Il a notamment plaidé pour la dépénalisation de l’homosexualité, la fin des discriminations et l’arrêt des discours de haine.
Selon mon témoignage, l’ouverture des lignes téléphoniques a été suivie d’une vague d’injures et de menaces. Des personnes et des organisations religieuses ont vivement réagi à ses propos. Cette intervention a marqué un tournant dans sa vie, car les réactions ont rapidement dépassé le cadre du débat radiophonique.
Comment les organisations et les figures religieuses sont-elles réagi à ses déclarations ?
Les réactions ont été particulièrement virulentes. Certaines organisations religieuses, notamment l’AEEMG et des structures désignées sous le sigle AOF, auraient réclamé l’application stricte du Code pénal guinéen. Des responsables religieux auraient également condamné ses propos. Je me souviens notamment de réactions attribuées à l’imam de la grande mosquée de Koloma, qui l’aurait qualifié de « kafir », c’est-à-dire de mécréant, en l’accusant de vouloir entraîner les jeunes dans la perversion.
Je considère que cette succession de condamnations publiques a contribué à aggraver sa situation. Toutefois, les déclarations précises des personnes citées et les circonstances dans lesquelles elles auraient été prononcées mériteraient d’être documentées et vérifiées.
Quelle a été la réaction de sa propre famille après cette intervention ?
D’après les informations que j’ai recueillies à l’époque, son père aurait publiquement désavoué son fils et tenu des propos extrêmement menaçants à son encontre. Son grand frère et son oncle paternel auraient également porté plainte contre lui auprès de la gendarmerie. Face à cette situation, son ami Mamadou Malifa Baldé l’aurait averti du danger et conseillé de ne pas retourner chez lui. Ibrahima aurait alors quitté Conakry avec l’aide de son épouse, Aye Bobo Bah, et de son ami Malifa.
Cette rupture avec son environnement familial, dans un contexte de menaces présumées, aurait constitué l’une des étapes les plus douloureuses de son parcours.
Que s’est-il passé à son domicile après la diffusion de ses propos ?
Selon les informations dont je dispose, son domicile aurait été pris pour cible par des jeunes en colère et des personnes de son entourage familial ou religieux. Le logement aurait été saccagé, ses biens détruits ou pillés, et son cadre de vie profondément endommagé.
Ibrahima n’étant plus sur place, les personnes qui le recherchaient ne l’auraient pas trouvé. Mais son absence n’aurait pas empêché les dégradations. Pour moi, cet épisode illustre la gravité des conséquences qu’une prise de position publique peut entraîner lorsqu’elle suscite une hostilité collective. Je tiens néanmoins à préciser que l’ampleur des dégâts, l’identité des auteurs et les circonstances exactes de ces faits doivent être établies à partir de témoignages concordants et, si elles existent, de pièces ou de procédures officielles.
D’autres personnes auraient-elles été prises pour cible en raison de leurs liens avec Ibrahima Sory Camara ?
Oui, selon mon témoignage. Lamarana Baldé aurait été contraint de fuir jusqu’en Algérie. Un autre homme, Monsieur Diané, aurait été agressé par des voisins qui cherchaient à obtenir des informations sur Ibrahima. J’affirme qu’il aurait été battu et brûlé vif en public. Ce sont des faits d’une extrême gravité. Ils doivent être documentés avec précision, notamment en ce qui concerne l’identité de la victime, les circonstances de l’agression et les suites judiciaires éventuelles. Je les évoque parce qu’ils font partie des événements qui, selon moi, ont contribué à installer un climat de peur autour d’Ibrahima et de ses relations.
Comment Ibrahima Sory Camara aurait-il réussi à organiser son départ de Guinée malgré les risques évoqués ?Il aurait vécu un temps à Labé, en se cachant. Pour certaines démarches, il devait effectuer des déplacements nocturnes vers Conakry afin de limiter les risques d’être repéré. Il aurait également réussi à célébrer discrètement son mariage civil à la mairie de Ratoma, avec l’aide présumée du vice-maire, avant de quitter la Guinée pour le Canada.
Ce départ aurait représenté pour lui une possibilité de se mettre à l’abri. Mais, d’après les éléments que je rapporte, les difficultés ne se seraient pas arrêtées à son départ : certaines personnes qui l’auraient aidé auraient elles-mêmes subi des conséquences.
Quel aurait été le sort de Mamadou Malifa Baldé et d’Aye Bobo Bah, qui l’auraient aidé ?
Mamadou Malifa Baldé, qui était alors militant de l’UFDG et aurait participé à l’organisation du départ d’Ibrahima, aurait été arrêté par les forces de sécurité après la diffusion d’un message confirmant que celui-ci était en sécurité. Selon les informations dont je dispose, il aurait subi de graves tortures en détention avant de mourir en prison en mai 2023.
Quant à Aye Bobo Bah, l’épouse d’Ibrahima, elle aurait également été arrêtée, torturée et détenue pendant plusieurs semaines. Elle aurait ensuite été récupérée par son père, qui l’aurait contrainte à renoncer à son mariage. Ces accusations appellent des vérifications indépendantes, notamment sur les circonstances des arrestations, les conditions de détention, la cause du décès de Mamadou Malifa Baldé et les éventuelles procédures engagées. Si elles étaient confirmées, elles soulèveraient de sérieuses questions relatives à la protection des personnes et au respect des droits fondamentaux.
Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette affaire et sur la situation des défenseurs des droits des personnes LGBTQ+ en Guinée ?
Ce qui me préoccupe, c’est le niveau de danger auquel une personne peut être exposée lorsqu’elle prend publiquement position sur une question aussi sensible. Dans le cas d’Ibrahima Sory Camara, les événements que je rapporte vont des insultes et menaces présumées à la rupture familiale, aux violences contre son domicile et à l’exil.
Je considère que les personnes qui défendent les droits humains, quelles que soient les causes qu’elles portent, doivent pouvoir s’exprimer sans craindre d’être agressées ou persécutées. La sécurité des personnes ne devrait pas dépendre de leur opinion ou de leur appartenance supposée à une communauté.
À mon avis, si Ibrahima Sory Camara revenait aujourd’hui en Guinée, il pourrait être exposé à de graves risques. Je crains pour sa sécurité. Cette crainte repose sur les menaces et les représailles que je décris, même si l’évaluation précise du risque actuel nécessiterait des informations actualisées.
Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités, aux acteurs religieux et à l’opinion publique ?
Je souhaite que les autorités prennent au sérieux toute menace de violence et que les faits évoqués dans cette affaire puissent être examinés de manière impartiale. Les accusations d’agression, de torture et de décès en détention ne doivent pas être ignorées : elles doivent faire l’objet de vérifications et, lorsque les faits sont établis, de procédures conformes à la loi.
J’appelle également les responsables religieux, les acteurs politiques et les citoyens à privilégier le dialogue et à rejeter les appels à la violence. Les désaccords peuvent être profonds, mais ils ne devraient jamais justifier les menaces, les agressions ou les humiliations. Mon souhait est que la vérité soit établie, que les personnes éventuellement victimes de violences obtiennent justice et que chacun puisse vivre en sécurité, dans le respect de ses droits fondamentaux.
Propos recueillis par la rédaction de L’INDEXEUR.
Dans cet entretien accordé à L’INDEXEUR, il livre sa version des faits et alerte sur les risques auxquels seraient exposées les personnes qui défendent les droits de la communauté LGBTQ+ en Guinée. Des accusations graves qui nécessitent, pour être pleinement établies, des vérifications indépendantes et des réponses des personnes et institutions mises en cause.
L’INDEXEUR : Bonjour, Monsieur Tolno. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Augustin Tolno : Bonjour à vous et à tous les lecteurs de L’INDEXEUR. C’est un honneur pour moi de m’exprimer dans vos colonnes afin d’apporter mon témoignage sur cette affaire. Je m’appelle Augustin Tolno, je suis enseignant de profession et je réside actuellement au quartier Lambanyi, dans la commune de Ratoma, à Conakry.
Avant d’aborder les événements, pouvez-vous préciser la nature de vos relations avec Ibrahima Sory Camara ?
Nous évoluions dans le même milieu professionnel à Conakry. Ibrahima Sory Camara était également enseignant au Groupe scolaire La Haute Marée III, après sa formation à l’ISSEG. Nous habitions pratiquement dans la même zone et partagions aussi un engagement politique au sein de l’UFDG. C’est d’ailleurs grâce à lui que j’ai rejoint ce parti.
Cette proximité m’a permis de connaître son parcours, d’observer son engagement et d’entendre les rumeurs qui circulaient à son sujet, aussi bien dans le quartier que dans le milieu enseignant. J’ai également suivi, avec beaucoup d’inquiétude, la tournure prise par les événements après ses déclarations publiques.
Que savez-vous de son environnement familial et de l’éducation qu’il a reçue ?
Ibrahima Sory Camara est issu d’une famille profondément religieuse. Son père, l’imam Satenin, était, selon ce que je connais de son environnement, une personnalité religieuse influente et un maître coranique réputé pour sa grande rigueur. Dans cette famille, l’éducation religieuse occupait une place centrale.
Ibrahima a suivi une scolarité moderne, mais il devait également exceller dans l’apprentissage coranique. Malgré ce cadre familial strict, il s’est engagé en politique au sein de l’UFDG et dans le domaine social, notamment à travers l’ONG Santé Hygiène Carcérale (SHC). C’est dans le cadre de ses activités associatives qu’il aurait commencé à côtoyer des personnes marginalisées, dont des membres de la communauté LGBTQ+.
Quel genre de militant était-il sur le terrain ? Avait-il des responsabilités au sein de son parti ?
C’était un militant très actif, dévoué et disponible. Chaque samedi, au siège national de l’UFDG, à Hafia Minière, il participait aux préparatifs des activités du parti. Il transportait les chaises, installait les bâches et les tentes, et contribuait à la distribution de l’eau. Il prenait également part aux opérations d’affichage, à la pose de stickers et à la distribution de képis et de casquettes le long des axes routiers. Pendant la campagne présidentielle de 2015, il s’est beaucoup investi dans la sensibilisation à Conakry et dans plusieurs localités de l’intérieur du pays.
Cet engagement lui a permis d’être élu secrétaire administratif du bureau exécutif des jeunes du comité de base du secteur 2 de Koloma 2, dans la commune de Ratoma.
Avant sa sortie médiatique de janvier 2022, faisait-il déjà l’objet de stigmatisation ou de rumeurs ?
Oui. Des rumeurs circulaient déjà à son sujet, aussi bien dans notre établissement que dans le quartier. Certaines personnes se moquaient de lui et tenaient des propos humiliants. Je me souviens notamment d’un épisode impliquant un ancien professeur, Monsieur Dem, qui l’aurait embarrassé publiquement par des propos méprisants.
Il y a également eu son projet de mariage avec une jeune femme prénommée Kadiatou. Selon les informations dont j’avais connaissance, la famille de cette dernière aurait finalement annulé le projet en raison de rumeurs le présentant comme homosexuel et de propos le qualifiant de « mécréant ».
Ces épisodes permettent de comprendre le climat de suspicion et de rejet auquel il aurait été confronté avant même que l’affaire ne prenne une dimension nationale.
Revenons au 4 janvier 2022. Que s’est-il passé lors de son intervention sur les ondes de la radio Gangan ?
Ibrahima Sory Camara avait été invité pour intervenir sur des questions politiques. À la fin de l’émission, lorsqu’il lui a été demandé de livrer un « message de cœur », il a choisi de s’exprimer en faveur des droits humains. Il a notamment plaidé pour la dépénalisation de l’homosexualité, la fin des discriminations et l’arrêt des discours de haine.
Selon mon témoignage, l’ouverture des lignes téléphoniques a été suivie d’une vague d’injures et de menaces. Des personnes et des organisations religieuses ont vivement réagi à ses propos. Cette intervention a marqué un tournant dans sa vie, car les réactions ont rapidement dépassé le cadre du débat radiophonique.
Comment les organisations et les figures religieuses sont-elles réagi à ses déclarations ?
Les réactions ont été particulièrement virulentes. Certaines organisations religieuses, notamment l’AEEMG et des structures désignées sous le sigle AOF, auraient réclamé l’application stricte du Code pénal guinéen. Des responsables religieux auraient également condamné ses propos. Je me souviens notamment de réactions attribuées à l’imam de la grande mosquée de Koloma, qui l’aurait qualifié de « kafir », c’est-à-dire de mécréant, en l’accusant de vouloir entraîner les jeunes dans la perversion.
Je considère que cette succession de condamnations publiques a contribué à aggraver sa situation. Toutefois, les déclarations précises des personnes citées et les circonstances dans lesquelles elles auraient été prononcées mériteraient d’être documentées et vérifiées.
Quelle a été la réaction de sa propre famille après cette intervention ?
D’après les informations que j’ai recueillies à l’époque, son père aurait publiquement désavoué son fils et tenu des propos extrêmement menaçants à son encontre. Son grand frère et son oncle paternel auraient également porté plainte contre lui auprès de la gendarmerie. Face à cette situation, son ami Mamadou Malifa Baldé l’aurait averti du danger et conseillé de ne pas retourner chez lui. Ibrahima aurait alors quitté Conakry avec l’aide de son épouse, Aye Bobo Bah, et de son ami Malifa.
Cette rupture avec son environnement familial, dans un contexte de menaces présumées, aurait constitué l’une des étapes les plus douloureuses de son parcours.
Que s’est-il passé à son domicile après la diffusion de ses propos ?
Selon les informations dont je dispose, son domicile aurait été pris pour cible par des jeunes en colère et des personnes de son entourage familial ou religieux. Le logement aurait été saccagé, ses biens détruits ou pillés, et son cadre de vie profondément endommagé.
Ibrahima n’étant plus sur place, les personnes qui le recherchaient ne l’auraient pas trouvé. Mais son absence n’aurait pas empêché les dégradations. Pour moi, cet épisode illustre la gravité des conséquences qu’une prise de position publique peut entraîner lorsqu’elle suscite une hostilité collective. Je tiens néanmoins à préciser que l’ampleur des dégâts, l’identité des auteurs et les circonstances exactes de ces faits doivent être établies à partir de témoignages concordants et, si elles existent, de pièces ou de procédures officielles.
D’autres personnes auraient-elles été prises pour cible en raison de leurs liens avec Ibrahima Sory Camara ?
Oui, selon mon témoignage. Lamarana Baldé aurait été contraint de fuir jusqu’en Algérie. Un autre homme, Monsieur Diané, aurait été agressé par des voisins qui cherchaient à obtenir des informations sur Ibrahima. J’affirme qu’il aurait été battu et brûlé vif en public. Ce sont des faits d’une extrême gravité. Ils doivent être documentés avec précision, notamment en ce qui concerne l’identité de la victime, les circonstances de l’agression et les suites judiciaires éventuelles. Je les évoque parce qu’ils font partie des événements qui, selon moi, ont contribué à installer un climat de peur autour d’Ibrahima et de ses relations.
Comment Ibrahima Sory Camara aurait-il réussi à organiser son départ de Guinée malgré les risques évoqués ?Il aurait vécu un temps à Labé, en se cachant. Pour certaines démarches, il devait effectuer des déplacements nocturnes vers Conakry afin de limiter les risques d’être repéré. Il aurait également réussi à célébrer discrètement son mariage civil à la mairie de Ratoma, avec l’aide présumée du vice-maire, avant de quitter la Guinée pour le Canada.
Ce départ aurait représenté pour lui une possibilité de se mettre à l’abri. Mais, d’après les éléments que je rapporte, les difficultés ne se seraient pas arrêtées à son départ : certaines personnes qui l’auraient aidé auraient elles-mêmes subi des conséquences.
Quel aurait été le sort de Mamadou Malifa Baldé et d’Aye Bobo Bah, qui l’auraient aidé ?
Mamadou Malifa Baldé, qui était alors militant de l’UFDG et aurait participé à l’organisation du départ d’Ibrahima, aurait été arrêté par les forces de sécurité après la diffusion d’un message confirmant que celui-ci était en sécurité. Selon les informations dont je dispose, il aurait subi de graves tortures en détention avant de mourir en prison en mai 2023.
Quant à Aye Bobo Bah, l’épouse d’Ibrahima, elle aurait également été arrêtée, torturée et détenue pendant plusieurs semaines. Elle aurait ensuite été récupérée par son père, qui l’aurait contrainte à renoncer à son mariage. Ces accusations appellent des vérifications indépendantes, notamment sur les circonstances des arrestations, les conditions de détention, la cause du décès de Mamadou Malifa Baldé et les éventuelles procédures engagées. Si elles étaient confirmées, elles soulèveraient de sérieuses questions relatives à la protection des personnes et au respect des droits fondamentaux.
Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette affaire et sur la situation des défenseurs des droits des personnes LGBTQ+ en Guinée ?
Ce qui me préoccupe, c’est le niveau de danger auquel une personne peut être exposée lorsqu’elle prend publiquement position sur une question aussi sensible. Dans le cas d’Ibrahima Sory Camara, les événements que je rapporte vont des insultes et menaces présumées à la rupture familiale, aux violences contre son domicile et à l’exil.
Je considère que les personnes qui défendent les droits humains, quelles que soient les causes qu’elles portent, doivent pouvoir s’exprimer sans craindre d’être agressées ou persécutées. La sécurité des personnes ne devrait pas dépendre de leur opinion ou de leur appartenance supposée à une communauté.
À mon avis, si Ibrahima Sory Camara revenait aujourd’hui en Guinée, il pourrait être exposé à de graves risques. Je crains pour sa sécurité. Cette crainte repose sur les menaces et les représailles que je décris, même si l’évaluation précise du risque actuel nécessiterait des informations actualisées.
Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités, aux acteurs religieux et à l’opinion publique ?
Je souhaite que les autorités prennent au sérieux toute menace de violence et que les faits évoqués dans cette affaire puissent être examinés de manière impartiale. Les accusations d’agression, de torture et de décès en détention ne doivent pas être ignorées : elles doivent faire l’objet de vérifications et, lorsque les faits sont établis, de procédures conformes à la loi.
J’appelle également les responsables religieux, les acteurs politiques et les citoyens à privilégier le dialogue et à rejeter les appels à la violence. Les désaccords peuvent être profonds, mais ils ne devraient jamais justifier les menaces, les agressions ou les humiliations. Mon souhait est que la vérité soit établie, que les personnes éventuellement victimes de violences obtiennent justice et que chacun puisse vivre en sécurité, dans le respect de ses droits fondamentaux.
Propos recueillis par la rédaction de L’INDEXEUR.